Interview de Loïc Breton, directeur d’Ekwali

Cofinancé par le FEADER à hauteur de 9,2 M d’euros, soit 65% du coût total, le projet d’usine d’abattage de poulet Ekwali constitue une étape clé dans la constitution d’une filière agro-alimentaire complète à Mayotte.

Monsieur Loïc BRETON, son directeur, répond aux questions de l’Europe à Mayotte.

Q- Monsieur le Directeur, pouvez-vous revenir, pour nos lecteurs, sur la genèse du projet d’usine d’abattage de poulets à Mayotte et dire comment il s’inscrit dans une démarche de construction d’une filière complète de production de viande de volaille ? 

Le dernier étage de la fusée » que constitue l’abattoir a été engagé dès 2017. L’objectif était de roder notre organisation : planification, maitrise du process d’accouvage, approvisionnement et commercialisation. Les volumes sont passés de 17 tonnes en 2017 à 120 tonnes en 2020, saturant l’atelier relais. En parallèle, nous avons créé la marque « Mon Pouleti » qui jouit d’une forte notoriété.

Ces résultats nous ont poussés à nous doter de notre propre outil de transformation pour lever les contraintes de production. En 2023, 545 tonnes ont été transformées, avec un objectif de 1 000 tonnes en 2025.

Q- Pouvez-vous préciser en quoi a consisté le projet sur le plan industriel ? 

Mayotte importe 18 000 tonnes de volailles par an ; la production locale ne représentait que 3% en 2023. Notre objectif est d’atteindre 10% de la consommation d’ici 2030, soit environ 2 000 tonnes.

Cela implique de dimensionner les outils industriels : usine d’aliment, couvoir, abattoir et bâtiments d’élevages. Depuis 2017, 13 millions d’euros ont été investis. Le FEADER a été la condition sine qua non à la réalisation de ces investissements. Il nous faut innover (produits transformés) et proposer un prix au plus juste et non élitiste.

Q- Comment s’organisent vos relations avec les éleveurs ? 

Nous sommes passés de 8 à 29 exploitants agricoles intégrés. Notre spécificité est que nous sommes tous réunis dans la même maison. Cette organisation nous permet d’être agiles et rapides dans nos prises de décision. Le partage de la valeur ajoutée est profondément ancré dans notre fonctionnement : chaque maillon de la chaine doit gagner sa vie.

Q-  Quels sont vos objectifs en termes de hausse et de diversification de votre production ? 

Nous travaillons sur un modèle d’exploitation à dimension familiale en polyculture élevage. Nous installons aussi une filière banane dessert pour réexploiter les effluents d’élevage en engrais.

L’objectif est de fournir la restauration scolaire pour substituer les pommes importées par de la production locale de banane. Une mûrisserie de 100 000 euros sera mise en service cette année, encore une fois avec le soutien des fonds européens.

Q- Quels développements envisagez-vous d’ores et déjà pour l’avenir de la filière à Mayotte, voire à l’export ? 

Deux chantiers majeurs :

    1. La modernisation des bâtiments d’élevage (7 millions d’euros dès 2025) pour remplacer 10 000 m² de structures obsolètes.

    2. L’intégration amont : produire les œufs fécondés localement et intégrer une minoterie pour produire notre propre farine et baisser les coûts.

Ce nouveau complexe industriel, proche du port de Longoni, représente un investissement de 40 millions d’euros. Là encore, les fonds FEADER sont indispensables.

Q- Au-delà de l’aspect financier, quel est d’après vous l’intérêt de solliciter des subventions européennes, dont la gestion est pourtant réputée complexe et exigeante ? 

Sans ces aides, nous n’aurions pas pu financer de tels projets. La rigueur de gestion européenne est en réalité une garantie de réussite. Elle impose des bonnes pratiques qui évitent les pièges. Un projet bien construit se finance bien et, surtout, se solde bien par le remboursement des aides. C’est un parcours exigeant, mais Mayotte ne se construira pas en un jour. La filière volaille, c’est déjà 12 ans de travail.